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Océans, le nouveau Far West

Article publié le 21.06.12

Youphil

Crédit photo: Thespis377/FlickR

La création d’un traité mondial pour protéger les océans pourrait être l’une des rares avancées officielles du Sommet Rio+20. Reste à convaincre les Etats-Unis, le Japon et la Russie.

 

Et si le premier producteur mondial de viande bovine devenait le héraut de la protection des hautes mers? Pour la coalition d’ONG “High Seas Alliance”, c’est déjà le cas: “le Brésil devrait être applaudi pour avoir fait de la conservation des océans une des quatre priorités du sommet” déclarait mi juin ce groupement de 23 grosses ONG, créé en 2011 avec l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).

Le soutien du Brésil, aux côtés de l’Union européenne, de l’Inde ou encore de Monaco pourrait être déterminant, selon certains observateurs, non seulement pour maintenir dans la déclaration finale de Rio+20, plusieurs clauses permettant de mieux protéger les océans hors des eaux territoriales, mais aussi, d’ouvrir la voie à un nouveau traité international.

 

Les océans, une nouvelle frontière

A la clef, il s’agit bien sûr de mieux réglementer la pêche en eaux profondes, mais aussi la course aux nouvelles molécules pour les biotechnologies, ou encore l’exploitation minière des montagnes sous-marines.

Si on ajoute le problème de l’acidification des océans et la prolifération des déchets plastiques, l’enjeu de la haute mer est considérable.

Depuis 1994, cette partie des océans, un patrimoine commun qui pèse 45% de la surface du globe, est pourtant soumise à la partie VII de la Convention de l’ONU sur les Droits de la mer.

Poisson sous l'eauPlusieurs résolutions de l’ONU, en 2004 et 2006, sont même venues compléter la Convention, pour pousser à un meilleur respect de la biodiversité marine. Mais selon la dernière résolution de l’ONU sur le sujet, qui date de 2011, les précédentes mesures n’ont pas été appliquées par les filières de pèche et des “actions urgentes” seraient nécessaires.

Ce constat est partagé par les diverses alliances d’ONG environnementales, de scientifiques et de célébrités, qui jugent la convention de 1994 clairement insuffisante. D’où l’idée de mettre en place un nouveau traité, notamment vis-à-vis de la partie la plus profonde de la haute mer, que certains voient comme une “nouvelle frontière”.

 

Limiter la pêche en eaux profondes

Le premier objectif du traité devrait être de juguler la pèche en eaux profondes et le “bottom trawling”, c’est à dire le chalut de fond, estiment les ONG.

Cette technique de pêche industrielle, qui utilise des filets et équipements de destruction massive aux noms évocateurs comme le Canyonbuster (cinq tonnes) ou le Patriote, racle le fond des mers jusqu’à 2000 mètres de profondeur, détruisant les écosystèmes avec une vitesse sidérante: selon la Coalition pour la conservation des mers profondes, certains filets peuvent détruire 1,6 tonne de corail par heure.

Outre les ravages sur l’environnement, cette pêche serait largement inefficiente: pour un kilo de poisson “utile”, dix kilos de poissons et d’espèces marines seraient tués, rappelle le patron de Virgin Richard Branson, qui fait partie du groupe Ocean Elders, créé en vue d’une meilleure protection des océans.

 

Océan Atlantique

Réglementer le patrimoine biologique

Véritable Far West, les eaux profondes ? Alors que la Chine annonce l’envoi prochain de son nouveau sous-marin habité Jiaolong à 7000 mètres sous les eaux, la biodiversité au fond des mers reste largement inconnue et inexplorée. C’est le cas, notamment, du côté des 100.000 “seamounts”, ces montagnes marines, souvent d’origine volcanique, qui pourraient se révéler des réserves uniques de vie sous-marine… et de métaux rares.

L’autre utilité d’un traité international serait donc de réguler l’exploitation de ces ressources. Il s’agirait, selon les termes du spécialiste des océans Rémi Parmentier, qui a participé aux travaux de la High Sea Alliance, de créer “un cadre légal et des critères pour établir et faire respecter des zones protégées en haute mer, exiger des études d’impact préalables avant toute activité humaine et créer un mécanisme pour le partage équitable des bénéfices générés par l’exploitation des ressources génétiques provenant des mers profondes.

Rio+20 accouchera-t-il d’un accord sur un tel traité ? Plusieurs pays réticents restent à convaincre, et non des moindres, puisque selon Rémi Parmentier, les Etats-Unis, la Russie, le Japon et le Canada en feraient partie. A supposer qu’ils changent de cap, le défi sera ensuite de faire respecter les nouvelles obligations. En attendant, il est toujours possible de faire une croix sur l’(excellent) grenadier, un poisson péché à 300 mètres de fond. Quant au “trawl fishing”, la pêche au chalut de fond, la Deep Sea Conservation Coalition demande son interdiction pure et simple, d’ici 2015.
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Rédaction Youphil : Thibault Lescuyer

Crédit photo : Thespis377/FlickR

En savoir plus sur

Ocean Elders

Partie VII de la Convention de l’ONU sur les Droits de la mer

High Seas Alliance

L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN)

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Mis à jour le 21.06.12

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